Sylvain Piron
L’Occupation du monde

240 p. ISBN 978 293 0601 33 5. 19 euros.
A paraître le 23 mai 2018

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Occupation Empr. au lat. occupatio ; angl. business || Subst. fem. Action d’occuper (un lieu, un espace, une surface, une position stratégique) : occupation militaire d’un territoire. || Dr. civil Titre juridique accordé au premier occupant d’une terre. || Occupation du sol : utilisation de l’espace d’un point de vue productif (agriculture, industrie). || Psych. État mental de celui qui n’est pas libre de ses pensées (« un homme trop occupé ne peut rien faire de bien », Sénèque).
  || Être occupé : avoir toujours quelque chose à faire (« occupations professionnelles »). || Action d’occuper (un lieu, un espace) sans autorisation ou par la force : occuper un lieu de pouvoir.

 

Face à l’aggravation des crises environnementales qu’elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d’aveuglement. Elle est bercée de l’illusion que tout finira par s’arranger, grâce à la souplesse du marché, l’innovation technique et l’inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation. Dans le but de défaire cette mythologie, ce livre cherche à en comprendre l’histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l’écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d’Ivan Illich permettent d’observer l’émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l’effet du tournant néo-libéral des années 1980. Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L’appétit de transformation du monde naturel par l’action humaine correspond à une pente générale de l’Occident dans la longue durée du second millénaire de l’ère chrétienne. C’est ce que l’on peut décrire comme une dynamique d’occupation du monde, au double sens d’une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.

Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d’une pensée de l’économie, leur philosophie morale peut aujourd’hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine. Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l’occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.

Cet essai d’histoire de longue durée propose une interprétation globale du destin économique de l’Occident, en vue de défendre la nécessité d’un autre rapport au monde. Il sera suivi d’un second volume qui exposera la formation des mythes et des concepts économiques modernes.

 

Sommaire
Introduction
1. Les conséquences historiques de l’Anthropocène
2. La grande asphixie
3. L’âge du plastique
4. Habiter le monde
5. La dynamique occidentale
6. Les bifurcations de l’histoire chrétienne
7. L’économie des scolastiques
8. Critiques de l’économie politique
Conclusion
Notes
Bibliographie sélective
Remerciements
Index personarum et animalium

 

Sylvain Piron est médiéviste à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est notamment l’auteur de Dialectique du monstre (Zones sensibles, 2015), Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois.

English 


Faced with the exacerbation of the environmental crises it has provoked, industrial society seems struck with blindness. It is lulled by the illusion that everything will eventually get better, thanks to the flexibility of the market, technical innovation gled the inventiveness of capital. A whole economic mythology thus hinders reflection on and perception of the gravity of the situation. In order to undo this mythology, this book seeks to understand its history, by following two complementary paths. The disaster into which we are advancing has been announced for half a century. Among the political ecology thinkers of the years 1967-72, the journeys taken by Gregory Bateson and Ivan Illich provide a good angle with which to observe the emergence of this reflection, then its occultation under the effect of the neo-liberal turn of the 1980s. Yet in order to grasp the power of this myth and its devastating effects, it is necessary to go back much further in time. The appetite for transformation of the natural world by human action corresponds to a general tendency of the West of the second millennium of the Christian era. This is what can be described as the process of “occupation of the world”, in the double sense of its objective occupation by beings subjectively occupied at transforming it.

Scholastic theologians were the first to observe this phenomenon in the thirteenth century. Their moral philosophy has been the starting point of economic thought. It can now provide critical arguments against the dogmas of contemporary economics. While political and sociological reflections have had many occasions to rephrase their postulates, economics has remained trapped by presuppositions that now give it an almost theological texture. This blind spot is the first responsible for our inability to cope with current crises.

This essay on the long term history of the West offers a global interpretation of the origin of its economic obsession, while claiming the need to adopt another relationship to the world. It will be followed by a second volume that will expose the formation of myths and modern economic concepts.