Matthew Henson
Journal d’un explorateur noir au pôle Nord
160 p. ISBN 9782930601458. 18 €
Traduction et préface de Kamel Boukir
21 janvier 2020

 

 

Le 6 avril 1909, l’exporateur blanc Robert Peary conduit une expédition qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, atteint le pôle Nord. Dès son retour, il suscite la polémique avec Frederick Cook, un autre explorateur qui, lui aussi affirmait avoir atteint le pôle nord en 1908. La controverse sera tranchée par le Congrès des États-Unis, qui fit officiellement de Peary le premier vainqueur du pôle Nord. Mais l’histoire est tout autre : ni Cook, ni Peary ne furent les premiers à fouler la neige du pôle Nord.  Matthew Henson est né en 1866 dans l’état du Maryland. Fils d’esclaves affranchis, après avoir passé plusieurs années à Baltimore, une ville « noire » à la jonction de l’Underground Railway et des expéditions maritimes, il fut l’accompagnateur « ami » de Peary lors des sept voyages dans l’Arctique de ce dernier, y compris lors de l’expédition de 1908-1909 qui atteint le pôle Nord géographique en avril 1909. Après moult débats, il fut établi que Matthew Henson fut bel et bien le premier homme à atteindre le pôle Nord.

Mais il faudra attendre 1988 pour qu’il soit officiellement reconnu comme étant le premier à avoir atteint la cime du monde, et l’année 2000 pour qu’il soit récipiendaire de la médaille Hubbard, décernée à titre posthume – une récompense remise par la National Geographic Society pour des distinctions dans les domaines de l’exploration, de la découverte et de la recherche. Pourquoi cette reconnaissance tardive ? Pourquoi, pendant si longtemps, Peary reçut seul tous les honneurs, alors que la présence de Henson fut occultée (quand il est cité, il est réduit à n’être qu’un porteur) ? Pourquoi Peary, à son retour du pôle Nord, fut nommé à des postes prestigieux, alors qu’Henson devint gardien de parking ? Parce que Henson était noir de peau, et que les préjugés racistes de l’époque rendaient impossible la possibilité de penser qu’Afro-Américain ait pu vaincre le froid polaire…

Un explorateur noir au pôle nord de Matthew Henson est le récit autobiographique de son expédition en compagnie de Peary et de quatre indiens Inuit qui les menèrent au pôle Nord. Se dessine dans ce récit, au-delà de l’exploration polaire, de la relation avec les indiens Inuit, les contours de l’impossibilité d’une amitié interaciale à l’aube du XXe siècle. Le récit de Henson est précédé d’une longue préface illustrée de Kamel Boukir, anthropologue et traducteur de l’ouvrage, où l’histoire de cette exploration, la relation entre Peary et Henson ainsi que le contexte anthropologique de l’époque sont mis en avant afin de contextualiser les relations interaciales complexes dans un pays alors encore fort dominé par les lois ségrégationnistes. Ce livre se veut rendre hommage à un homme de couleur trop longtemps négligé en raison de préjugés racistes qui perdurent encore aujourd’hui.