Ben Kafka

Le Démon de l’écriture
Pouvoirs et limites de la paperasse

Traduit de l’anglais par Jérome Hansen. 176 p. 8 illustrations.
ISBN 978 293 060 108 3. 18,50 euros. 22.08.2013
Avec une postface de Robert Darnton

 

Le Panoptique de Bentham, la Cage de fer de Weber, le Château de Kafka : depuis le début de l’époque moderne, ces édifices ont obscurci notre horizon. Pendant que les foules prenaient d’assaut la Bastille, ce monument de la tyrannie, les représentants de l’Etat oeuvraient déjà à la construction d’institutions plus redoutables encore d’ou ils pourraient continuer à taxer et dépenser, protéger et servir, surveiller et punir.

Ce livre traite de la paperasse et de ses contradictions. Il part du constat que la paperasse, bien qu’elle soit réputée pour son caractère fastidieux, révèle quantité de surprises. Le bulletin de vote censé servir de fondement au gouvernement représentatif est déclaré nul à cause d’un trou mal perforé. Le mandat censé nous protéger contre les perquisitions et autres saisies arbitraires est émis par erreur à une mauvaise adresse. Le visa qui devrait nous permettre de travailler ou de voyager nous renvoie sans cesse au mme endroit dans l’espoir que, cette fois-ci, nous n’aurons pas oublié d’apporter les documents à l’appui. Et ce ne sont encore là que les types de documents parmi les plus visibles (la « grande faune charismatique » de la paperasse, pour ainsi dire).

La paperasse syncope les rythmes de l’Etat, déstabilise ses structures. En temps normal, les accidents sont corrigés, les rythmes restaurés, les structures rétablies. Mais dans certaines conditions exceptionnelles (guerres, révolutions, catastrophes naturelles), un incident technique insignifiant peut mener à des conséquences désastreuses.

J’entends par « paperasse » l’ensemble des documents produits en réponse à une demande, réelle ou imaginaire, émanant de l’Etat, qu’il s’agisse de montants enregistrés par de simples commis, de pétitions soumises par des citoyens indignés ou de textes fondateurs conservés par des archivistes officiels dans des hangars. Dans sa plus simple expression, mon argument est que la paperasse est imprévisible, et que cette imprévisibilité est source de frustration : frustration pour ceux d’entre nous qui consacrent une partie de leur travail à rédiger des notes et à remplir des formulaires ; frustration pour ceux d’entre nous qui sont dans l’attente du tampon ou de la signature qui leur permettra de reprendre le cours normal de leur vie ; et, surtout, frustration de l’intellect, y compris de l’intellect des intellectuels.

Ben Kafka

 

Ben Kafka enseigne l’histoire des médias à l’université de New York.

 

sommaire

Introduction

1. L’Etat discipliné

2. Le démon d’écrire

3. L’Etat d’insatisfaction

4. Les intermédiaires bureaucratiques

Conclusion

Notes

Index

« Brillant »,  Robert Darnton

 

« Souvent drôle, parfois alambiqué »

 

Laurent Hoebrechts, Focus Vif

 

« Une histoire intellectuelle concise et excentrique, une approche éclectique impressionnante », The New York Times

 

« Un ouvrage passionnant. », La Revue des Livres

 

« Un important travail. », The New Republic

 

« Une riche histoire de la bureaucratie, écrite avec panache. », Time Literary Supplement

 

« Un livre vivifiant », Publisher Weekly

 

« Un livre plein d’esprit et divertissant », Pop Matters